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Si 2010 est une année à oublier pour David Loiseau, 2011 commence du bon pied. La légende québécoise des MMA vient de disposer de Leopoldo Serao, une ceinture noire de jiu-jitsu brésilien, pour s'emparer de la ceinture des poids moyens du Tachi Palace Fights à Lemoore en Californie. De retour au pays, Loiseau passe avec nous en revue son combat, puis y va de confidence sur ses projets à venir, son projet de retraite qu'il a mis de côté, ses procédures juridiques à l'endroit de l'Agence QMI et la première Torontoise du film "The Striking Truth" qui aura lieu le weekend prochain. Toujours aussi généreux de sa personne, Loiseau y va de révélation de révélation. Que faisait Dean Lister dans son coin en fin de semaine dernière? Est-ce qu'il a délibérément laissé tombé Serao entre le 3ème et le 4ème engagement après lui avoir tendu la main? Pourquoi avoir pris le risque d'effectuer ce coup de genou à l'envolée qui l'a mis en mauvaise posture lors de ce combat? A-t-il eu des pourparlers avec l'organisation Ringside? Et plus encore! C'est avec un Loiseau étincelant et totalement en confiance, que nous avons discuté.
UF : David, tu es de retour de Californie où tu t’es emparé du titre de Tachi Palace Fights. Alors maintenant que tu portes de nouveau une ceinture, est-ce que tu es prêt à remplacer cette photo souvenir du titre que tu as obtenu au UCC à l’époque? (rire) DL : Sûrement! Il y a un gros message, un gros rappel et beaucoup d’émotions pour moi qui étaient rattachés à cette photo de l’UCC. Cette photo me rappelle une époque où j’avais vraiment « l’œil du tigre ». Revoir cette photo-là à tous les matins, ça me rappelle des souvenirs, le feeling que j’avais quand je livrais de grosses performances à l’UCC à Montréal. Ça me motive. UF : En ce qui concerne ton dernier combat face à Serao, si on regardait à priori le matchup sur papier, on pouvait en venir facilement au constat que tu affrontais un as du sol alors que tu es plutôt performant en position debout. Comment anticipais-tu que les choses allaient se dérouler avant d’entrer dans la cage? DL : C’est sûr que j’ai fait l’erreur l’an dernier, particulièrement lors de mes deux derniers combats à l’UFC, d’être trop explosif et expéditif alors que j’affrontais des adversaires qui étaient très forts au sol. Je donnais trop de coups à l’aveuglette dans l’optique d’impressionner et d’être spectaculaire et je perdais pied pour me retrouver sur mon dos et ça ouvrait la porte à mes adversaire afin qu’ils puissent me garder au sol ou me faire subir leur GnP. J’ai beaucoup travaillé cet aspect-là, sur ma lutte olympique au Montreal Wrestling Club. J’ai aussi beaucoup travaillé mon jiu-jitsu au Tristar avec l’équipe de Zahabi MMA. J’en ai fait vraiment beaucoup, pour ne pas dire à chaque jour, et puis ça a porté fruit. C’est vraiment important pour moi de travailler sur mes faiblesses. Il faut prendre l’égo, le lancer dehors et travailler où je ne suis pas confortable. Il y a Angelo Exarhakos qui est mon entraîneur de jiu-jitsu depuis des années qui était là à mes débuts dans le temps de l’UCC qui est revenu s’occuper de moi au Tristar. Ça me redonne confiance puisque c’était lui qui était là lors de mes premières conquêtes de championnat. Lors de mes premières grosses victoires, c’est sa voix que j’entendais… C’est vraiment super de le ravoir dans mon entourage. UF : Lors des trois premiers rounds de ton combat face à Serao, tu as été plus limité. Ton adversaire avait un excellent contrôle au sol et cherchait le gogoplata et à limiter tes mouvements. Certains partisans ont déploré ces moments moins dynamiques du combat. Or, ta prudence dans ces situations à risque t’ont plutôt bien servi après coup. On a notamment vu que tu savais te débrouiller même en donnant ton dos, que tu pouvais résister dans la garde ton adversaire même lorsqu’il s’agit de la position de confort de ce dernier et que tu pouvais effectuer de belles transitions... Est-ce que ton jeu au sol est quelque chose que tu désires continuer d’améliorer? DL : Bien sûr, même si je crois que mon sol a toujours été un aspect de mon jeu qu’on avait tendance à sous-estimer. Le fait que je travaille mon sol et ma lutte davantage que mon striking a fait en sorte que je me suis incroyablement amélioré et je crois que cela va commencer à se remarquer dans mes combats. Leopoldo Sera est quand même une ceinture noire de jiu-jitsu, son sol est de haut niveau et j’ai joué son jeu pour le battre dans son meilleur élément. Debout, c’était vraiment difficile d’engager. Il était craintif, avait peur. Lorsque j’essayais d’amorcer une tentative afin d’échanger avec lui, il était directement dans mes jambes. Lors de mes derniers combats, mon sprawl était totalement inexistant et je crois que ça a vraiment paru lors de ce combat que j’avais atteint un autre niveau en lutte grâce aux gars du Montreal Wrestling Club. Je suis vraiment content de leur support. UF : Au troisième ou quatrième engagement, désolée si je ne peux me souvenir par cœur, tu as effectué un coup de genou à l’envolée, mais a passé au-dessus de la cible pour te retrouver au plancher. Tu as mal calculé ton coup? Qu’est-ce qui s’est passé? (rire) DL : (rire) Oui! C’est que l’arbitre Big John venait de nous servir un avertissement et nous disait sans cesse « Let’s Fight! Let’s Fight! ». J’entendais aussi la foule huer et s’impatienter. Je me suis fait jouer un tour! Je voulais leur donner quelque chose pour les impressionner et les faire cesser de huer et j’ai fait un « fying knee ». J’étais certain que j’allais toucher la cible, mais j’ai sauté un peu trop haut! Je suis passé par-dessus… C’est dommage puisque je me suis ramassé en mauvaise position ce qui aurait pu me coûter cher, mais heureusement, j’ai réussi à me relever. UF : Je ne sais pas si j’ai eu une mauvaise impression ou interprétation du geste, puisque tout au long du combat on a assisté à de nombreux témoignages de respect, mais à un certain moment entre le 3ème et 4ème round, j’ai perçu un léger signe d’impatience ou de frustration de ta part. Tu as, comme à la fin de chaque engagement, tendu la main à Serao pour l’aider à se relever, or, tu as rapidement tourné le dos sans même le regarder pour lui lâcher la main alors qu’il était en train de se relever et qu’il ne s’y attendait visiblement pas. J’ai cru, peut-être à tort, que tu commençais à t’impatienter lors de ces trois premiers rounds qui tournaient en rond. Était-ce le cas? DL : Oh! Sérieux? Je ne me souviens pas de ce moment-là! Ça a dû arriver très vite, je n’ai aucune idée… Je n’ai pas dû remarquer qu’il n’était pas encore relevé au complet. J’ai tourné la tête et je n’ai vraiment pas porté attention. Ce n’était pas intentionnel. (éclat de rire) UF : Parlant de ces témoignages de respect dont je te parlais entre toi et Serao, je repense à un moment particulier ou au beau milieu d’un round, vous vous êtes avancés pour vous toucher les poings en guise de respect. Et je ne cite que cet exemple, mais il y a eu plusieurs de ces démonstrations lors de ce duel. Est-ce qu’il y a une histoire entre toi et Serao qui peut expliquer une telle proximité et un tel respect? Vous connaissiez-vous déjà? DL : Non, pas du tout. Je ne le connaissais pas. Ça arrive parfois qu’on ait envie de faire de tels témoignages lors d’un combat pour des trucs qui viennent de se produire dans la cage. Cette fois-ci, je venais de faire un spinning back kick et le coup a frôlé son visage et j’ai eu la réaction de lui faire un clin d’œil, comme pour lui dire « Hé! Ça a passé proche! Tu as failli te faire endormir vieux! » et il m’a répondu lui aussi d’un clin d’œil pour me dire que j’avais raison, mais que j’avais manqué mon coup. Par la suite, il m’a tendu la main et j’ai fait de même. Vous savez, on est des sportifs, des athlètes professionnels. Moi les gars qui disent détester leur adversaire, je ne comprends pas ça. Si tu hais ton adversaire, et bien dis-toi que si ton adversaire ne veut pas se battre contre toi ou disparaît, alors tu n’as plus d’adversaire. Si tu n’as plus d’adversaire, bien, tu n’as pas de combat. Et si tu n’as pas de combat, et bien tu n’as pas de bourse. Les histoires de détester son adversaire, je trouve ça non seulement immature, mais aussi stupide et illogique. Bien que ça mette du piquant, je ne comprends pas qu’on puisse aller au point de réellement détester quelqu’un. Je n’embarque pas là-dedans. Je suis un professionnel. À la fin du combat, j’ai placé quatre coups de coude, quatre coups de coude vraiment puissants je dois dire, et j’ai regardé l’arbitre pour lui dire « Ref, check him, check him! ». Moi je le sais, je le sens quand je coupe quelqu’un. Bien que je ne voyais pas dans quel état mon adversaire se trouvait, après ces quatre ou cinq coups de coude, je l’avais senti, je savais que c’était terminé. Quand je me suis relevé, j’ai regardé mon home de coin Aiemann Zahabi et je lui ai dit « Yes! » comme si j’avais gagné, mais il m’a fait signe d’attendre et de me relaxer, car il se pouvait bien que le combat reprenne. Je me disais merde, si ça continue, c’est dégueulasse! Je crois qu’il s’agissait des pires coupures que j’ai infligé à quelqu’un lors d’un combat. UF : Oui justement j’avais remarqué la présence d’Aiemann, qui semblait le seul représentant de Montréal. Est-ce qu’il y a une raison spécifique pour laquelle c’est ce dernier et non Firas qui t’a accompagné? DL : Oui en effet, Aiemann était le seul de Montréal, mais il y avait aussi un de mes amis de Californie que je connais depuis des années. J’avais été dans son coin lors de plusieurs de ses combats et je me suis entraîné avec lui pendant plusieurs mois. Il s’agit de Dean Lister. Comme il habite en Californie, je lui ai demandé de venir me donner un coup de main. Quant aux raisons pour lesquelles c’était Aiemann et non Firas qui m’accompagnait, il n’y en a pas. Vous savez, je travaille beaucoup avec Aiemann depuis plusieurs mois. Aiemann et Firas, ce sont deux gars de qui je suis très proche. Si un ne peut pas venir, l’autre va prendre la relève. UF : Maintenant que tu es l’ultime détenteur de la ceinture, est-ce qu’il y a déjà eu des pourparlers en vue d’une éventuelle défense de titre? DL : C’est sûr qu’ils veulent que je retourne défendre mon titre, mais le combat était vendredi dernier et je ne pense à rien d’autre que de prendre quelques journées pour relaxer et me remette de mes émotions! Par la suite, on verra. Moi je suis prêt à me battre n’importe quand... UF : Quant aux autres organisations, il y en a eu qui ont manifesté un intérêt? La dernière fois que nous nous sommes croisés, c’était à l’événement Ringside en novembre dernier. À ce moment, il y avait des rumeurs à l’effet que tu prendrais te retraite. Or, tu m’avais dit que tu avais encore un bon dix ans à donner à ce sport-là… Il a du se passer des choses depuis! DL : Honnêtement, je ne voulais pas en parler, mais les trois mois qui ont suivi mon dernier combat à l’UFC, j’étais en retrait, j’avais pris ma retraite… J’avais décidé d’arrêter le sport complètement. C’est tranquillement que j’ai changé d’avis. J’avais téléphoné à mes entraîneurs pour leur dire que j’allais tout arrêter ça, mais… (rire) J’avais besoin de temps pour moi. Je voulais être seul et méditer. UF : Parlant de Ringside, il y avait aussi eu des informations dévoilées à l’effet que tu aurais déjà eu des pourparlers avec l’organisation québécoise. Que peux-tu nous dire à ce sujet? DL : C’est mon manager qui s’occupe de ça. Il y a eu plusieurs organisations qui m’ont approché, dont Ringside. Mon agent m’a dit que le meilleur combat pour moi parmi toutes les possibilités qui s’offraient, était celui de Tachi Palace. Et ce n’est rien au détriment de Ringside ou contre les partisans québécois, mais considérant avec ce qui s’est passé l’an dernier au Québec avec la commission athlétique… (rire) Ça refroidit quelqu’un disons et c’est sûr que ce n’est pas le premier endroit où j’ai envie d’appliquer pour obtenir une licence. Même si tout a été réglé depuis, c’est quelque chose qui a été assez humiliant pour moi. La façon dont ça s’est passé et la façon dont j’ai été traité par la commission athlétique et certains médias après tout ce que j’ai fait pour ce sport… Je ne dis pas que je ne vais pas revenir au Québec, mais c’est un pensez-y bien. Quand j’ai plusieurs option qui s’offrent à moi, c’est juste normal que je prenne ce qu’il y a de mieux pour moi. UF : Comme le dit le dicton, chat échaudé craint l’eau froide… DL : Exactement. UF : Tu t’étais engagé dans un processus judiciaire contre certains média qui n’avaient pas été tendres à ton endroit en ayant fait de ton histoire de gros titres basés sur des informations mensongères. Où en sont les choses? Si je ne m’abuse, les défendeurs devaient comparaître en septembre dernier non? DL : Comme des processus judiciaires sont en cours, mon avocat m’a enjoint de ne pas commenter sur ce sujet donc je préfère ne rien dire. J’ai été victime d’une injustice assez flagrante et j’espère que la justice sera faite. Les choses suivent leurs cours. UF : Ceinture, quelque jours de repos et ensuite? Retour à l’entraînement? DL : Bien sûr! On recommence la lutte au Montreal Wrestling Club et on recommence l’entraînement au Tristar d’ici une semaine. C’est un mode de vie vous savez… Pour moi, il ne s’agit pas d’un camp d’entraînement ou d’un retour à l’entraînement, mais plutôt de la reprise de mes activités quotidiennes. C’est quelque chose que je fais quotidiennement, c’est mon mode de vie. Je vais continuer à faire avancer ma carrière et travailler sur mes projets personnels. C’est tout! La vie continue! UF : Le weekend prochain tu devras être à Toronto pour la première canadienne du film « The Striking Truth »… DL : The Striking Truth c’est vrai! Ça c’est un autre de mes projets. Quand tout ça a commencé, c’était mon idée. Pour ce documentaire, j’avais approché plusieurs personnes en leur disant que dans le temps de l’UCC et de TKO, Georges et moi, nous n’étions pas populaires comme aujourd’hui, nos noms n’étaient pas si connus. J’ai toujours eu envie d’avoir quelqu’un en train de nous suivre. Finalement, Steven J. Wong est le premier qui a vraiment pris le temps de m’écouter pour finalement accepter de mettre le projet sur pied avec moi et Georges. De là, ça a pris le direction qu’on connait aujourd’hui… UF : Mais c’était quand même un énorme projet dans lequel tu l’as embarqué puisque cela fait plusieurs années que vous êtes en tournage! Si je ne me trompe pas, les premiers « footages » datent de l’UFC 58… DL : Exactement. Ça fait maintenant 4 ans ou 4 ans et demie de cela. On ne nous suivait pas chaque jour. Il y avait plusieurs périodes de tournage. Il y en avait dans les moments précédant nos combats, d’autres fois dans nos moments de tous les jours… UF : Il y a déjà eu une première américaine à Las Vegas où le documentaire a été dévoilé. Toi tu as vu le produit fini, pas moi. Qu’est-ce que tu peux me dire au sujet de ce projet qu’on ne sache pas déjà? DL : C’est vraiment quelque chose de spécial. Il s’agit d’un film… en anglais on dirait un « human story ». Il ne s’agit pas avant tout d’un film destiné à un public de fans de MMA, c’est vraiment pour le grand public. Un médecin, un avocat de même qu’un paquet de gens qui n’ont rien à avoir avec le sport pourraient aller voir ce film et être inspirés. J’ai confiance que ce sera un gros succès. Des milliers voire millions de gens seront inspirés. UF : Nous avons la date de la première torontoise, qu’en est-il d’une première montréalaise? Est-ce qu’il y a des plans à cet effet? DL : Je n’en ai aucune idée. Je ne peux malheureusement pas m’avancer là-dessus.
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